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Conférence-débat
organisée par le Centre Culturel Arabe en collaboration avec la
Ligue des droits de l’Homme de Liège-Verviers-Huy. Liège le 25
février 2005.
Si le monde a tremblé le 13 novembre 2001, depuis la
mondialisation de l’état d’urgence décrété par W. Bush, c'est
l’ensemble des pays arabes qui font les frais de la politique
sécuritaire américaine depuis les événements tragiques du 11
septembre. Notre malheur est à son comble depuis l’arrivée
d’Ariel Sharon au pouvoir en Israël. On peut dire sans
exagération que le monde arabe n’a pas connu une telle
dégradation depuis des décennies.
En 1992, un seul pays arabe possédait une loi contre le
terrorisme. Aujourd’hui, une vingtaine d’entre eux ont des lois
d’exception, des décrets dits temporaires ou des lois contre le
terrorisme. Plus de 300 lois et décrets-lois, ont été imposés au
nom d’une guerre dite préventive. Le nombre des victimes de la
torture a augmenté d’une façon très significative dans la
majorité des pays arabes. Auparavant, l’interrogatoire était un
exercice local contre l’opposition politique. Aujourd’hui, il
est à la fois contre la citoyenneté et la souveraineté. La
participation d’agents américains aux interrogatoires est
confirmée dans les témoignages des victimes de la torture au
Yémen, au Maroc, en Arabie Saoudite, au Koweït et en Jordanie.
Les Émirats Arabes Unis qui possédaient historiquement un
dossier presque vide en terme de détention arbitraire se sont
rendus responsables d’une centaine de cas d’arrestation. Un
autre pays, Oman, mène une campagne d’arrestation depuis le 20
décembre 2004 : des dizaines de personnes ont été détenues
arbitrairement. Le 15 février 2005, 29 d’entre eux - cadres,
universitaires et intellectuels – demeurent toujours en prison.
La torture dans l’ensemble des pays arabes est devenue
aujourd’hui une préoccupation majeure pour la Commission arabe
des droits humains (ACHR).
Par ailleurs, en Arabie Saoudite, nous sommes face à une grave
atteinte à la liberté d’association : les autorités refusent à
la société le droit de fonder des associations qui déterminent
librement leurs objectifs et qui désignent leurs conseils de
direction lesquels assument les résultats de leurs exercices
devant la loi et devant leurs membres. La mise en place de
«l’Organisme national saoudien de secours et d’œuvres
caritatives pour l’étranger» sous l’autorité de la présidence du
conseil des ministres, ainsi que l’annulation de l’ensemble des
organismes, institutions, associations caritatives et des
commissions non autorisées par ordre royal, signifie la mise à
mort, au vu et au su de tous, des initiatives sociétales et de
la participation des individus aux affaires publiques. Cet
organisme est, en partie, constitutif d’une politique
d’édification d’un Etat absolutiste contemporain, dont la seule
raison d’être est le satisfecit de l’actuelle administration
américaine. Cela bien que ses méthodes internes soient en
complète contradiction avec l’esprit de notre époque et les
impératifs de réformes politiques, sociales et économiques. L’ACHR
a publié en mai 2004, un rapport accablant sur la détention
arbitraire en Arabie Saoudite où plus de 600 détenus se trouvent
dans la prison de al-Haer. Quatre grands symboles de la réforme
constitutionnelle pacifique et membres de la Commission arabe
des droits humains : Dr. Abdellah Al-hamed et le Dr. Matrouk
Al-faleh, le poète Ali Dimini et leur avocat
Abderrahmane Al-Lahem
restent détenus sans jugement et sans raison apparente. C’est
aussi le cas de Dr Saïd Ibn Mobarak Al-Zair et ses deux fils
Mobarak et Saad. 5 minutes de parution sur aljazeera ont suffi
pour que l’ancien détenu, Dr AL-Zair, qui avait déjà fait plus
de 7 ans de prison sans jugement ni procès, se retrouve à
nouveau incarcéré pour cinq ans.
Nous avons déjà publié des informations sur 54 cas de torture au
Koweït où les élections reflètent la traduction
américano-koweïtienne de la démocratie: ni bidouns, ni
koweïtiens naturalisés n’ont le droit de vote qui est réservé
seulement à 30% de la société. Le fondateur de l’association
contre la torture au Koweït, Khaled al-Dosary, est poursuivi
pour avoir dévoilé des informations sur la torture dans son pays
aux ONGs des droits de l’Homme. Après l’arrestation de son frère
Turki c’est son autre frère, Bandar, qui vient d’être
emprisonné.
Et la torture continue : mort sous la torture, le corps mutilé
de Monsieur Ameur Khalif Al Anzi a été remis à sa famille le 12
février 2005 pour les funérailles. Par ailleurs, nous venons
également d’apprendre que deux autres personnes arrêtées à la
même date et dans les mêmes circonstances que Monsieur Amer Al
Anzi, se trouvent hospitalisées dans un état grave à l’hôpital
militaire du Koweït à la suite des tortures qu’elles ont subies
après leur arrestation le 31 janvier 2005. Il s’agit de
Messieurs Mohamed Ben Aoun et Ahmed Moussameh.
La promesse de sanctionner les crimes de torture dans plusieurs
pays arabes (Koweït, Maroc, Syrie..) n’a pas tenu après le
scandale d’Abu Ghreib. Un an après la mise en lumière de la
barbarie en plein jour, nos collègues iraquiens nous
confirment, témoignages à l’appui, que la torture continue dans
les centres de détention contrôlés par les américains.
Bien que l’Etat du Qatar n’ait pas été touché par des actes
terroristes, hormis un seul incident perpétré par des non
Qataris et des non-résidents, il a promulgué des lois
arbitraires sous le prétexte de la protection contre le
terrorisme. Ainsi, la loi n° 3, sortie en 2004, concernant la
lutte contre le terrorisme, est l’une des plus mauvaises lois
promulguées dans le monde arabe. A la lecture de son texte, on
constate l’élargissement de son champ d’application à tout acte
d’opposition et non seulement de violence. On y lit dans le
premier article : « Il s’agit d’une entreprise terroriste si le
mobile du recours à la force, à la violence, à la menace ou à la
peur, est de paralyser les dispositions du Basic Law
provisoire et révisé, de porter atteinte à la loi, de menacer
l’ordre public, d’exposer la paix et la sécurité de la société
au danger ou de saper l’unité nationale. Il s’agit d’un acte
terroriste si les intentions ou les conséquences effectives de
cet acte sont: nuire aux gens , leur faire peur , exposer leur
vie, leurs libertés ou leur sécurité au danger ; causer des
nuisances à l’environnement, à la santé publique et à l’économie
nationale ; porter atteinte aux institutions, établissements et
biens publics et privés, en les occupant ou en les dégradant
ou encore en empêchant ou en retardant les pouvoirs publics de
mener à bien leurs actions ».
L’article 2 réclame une plus grande sévérité de la loi pénale
concernant ces actions. Il prévoit par exemple une sentence
d’exécution à la place d’une condamnation à perpétuité et « dans
tous les cas une condamnation à mort lorsque l’acte perpétré par
le condamné a causé la mort d’une personne ou nécessité l’usage
d’une arme pour commettre le crime ».
L’article 3 prévoit « la condamnation à mort ou à perpétuité de
toute personne qui constitue, organise ou dirige un groupe ou
une organisation non autorisée, quelle qu’elle soit son
appellation, dans le but de commettre un acte terroriste ».
L’article 6, quant à lui , stipule « la condamnation à mort ou à
perpétuité pour toute personne qui dirige une organisation ou un
établissement privé, ayant été constitués conformément à la loi,
et qui en a profité pour pousser à commettre un acte
terroriste ».
Cette loi permet, en cas d’urgence, l’interdiction de séjour,
l’assignation à résidence ou l’interdiction de se rendre dans
des endroits spécifiés (article 13) ; ainsi que la saisie du
courrier, des publications, des colis et des télex ; la
surveillance des communications sous toutes ses formes et
l’enregistrement des mouvements dans les lieux publics et privés
(article 19). Et ce qui est plus grave encore, c’est que pour
ordonner une enquête ou lancer un procès dans les crimes
terroristes, le procureur général n’est pas soumis à la
condition de dépôt de plainte ou de demande comme c’est le cas
dans les procédures pénales (article 17). En outre, la procédure
judiciaire ne dévient pas caduque avec l’écoulement du temps
(article 16), et la détention préventive peut atteindre six
mois, renouvelables par le tribunal compétent (article 18).
Par ailleurs, en Syrie, en dépit du calme qui règne dans la
région d’Aljazeera et dans celles à dominante kurde, les forces
de sécurité ont mené une large campagne d’arrestation durant le
mois d’avril 2004, touchant plus de 300 Kurdes dont des
adolescents de moins de dix huit ans. Ils ont été incarcérés
dans différents centres à Qamechli et Al-Hassaka et soumis à des
traitements cruels et inhumains durant leur interrogatoire. Le
résultat a été deux décès : Hussein Hanif Nehso, mort (le
6/04/2004), deux jours après son arrestation des suites des
tortures qui lui ont été infligées et Ferhad Mohamed Ali qui a
succombé pour les mêmes raisons (jeudi 08/04/2004). Tous deux,
d’une vingtaine d’années ou plus, étaient en bonne santé et ne
souffraient d’aucunes maladies avant leur arrestation. Plus de
180 kurdes sont toujours en détention arbitraire.
Plus généralement, plus de 600 détenus croupissent aujourd’hui
dans les prisons syriennes. Une vingtaine de détenus est dans un
très mauvais état de santé, certains sont atteints
psychologiquement et les cas les plus graves ont été transférés
à l’hôpital.
Au Maroc, la loi dite antiterroriste, qui était en préparation
avant les événements de Casablanca, est une quasi-copie du
Patriot Act américain d’octobre 2001. Toutes les ONGs des
droits de l’homme dénoncent aujourd’hui la justice menée dans
toutes les affaires dites de lutte contre le terrorisme. En
rouvrant les dossiers du passé, les autorités tentent de faire
passer sous silence les conséquences de la « guerre contre le
terrorisme » sur les citoyens d’aujourd’hui.
Après l’attentat de Hilton Taba le 8/10/2004 contre les
touristes Israéliens à Sharm el-Sheikh, les autorités
égyptiennes ont arrêté plus de 5000 milles personnes. Selon le
ministre de l’intérieur près de 800 restent en détention, selon
les ONGs des droits de l’homme, ils seraient plus de 3000. Dans
cet esprit sécuritaire, Moubarak se prépare et prépare son fils
pour se maintenir à la tête de l’Egypte.
La prison d’Abu Slim n’a pas changé, c’est Kadhafi qui a trouvé
sa place dans la guerre contre le terrorisme : pas un prisonnier
libéré et des condamnations collectives à la peine capitale et à
perpétuité prononcées fin 2004 par le tribunal dit du peuple.
L’un des condamnés à mort a succombé dans sa cellule au mois de
décembre. La société libyenne demeure l’otage des appareils de
sécurité libyens.
A tous les démocrates arabes, hommes et femmes, n’oubliez pas la
tragédie du Darfour au Soudan. Combien y a-t-il de déplacés?
Combien y a-t-il de morts? Il est temps de faire intervenir une
mission d’enquête indépendante pour dévoiler le massacre
perpétré par les autorités soudanaises et amplifié par des
milices de tout bord.
Si nous vivons en ce moment ce que j’appelle la mondialisation
de l’extrajudiciaire, le monde arabe en est bel et bien le
microcosme.
Cette politique du tout sécuritaire ouvre une autoroute à
l’extrémisme et non pas la voie vers la démocratie. Les
démocrates arabes se trouvent alors confronté à leur propre
concept ainsi qu’à leur façon d’appréhender le changement. Après
des décennies de lutte pour un changement par le bas et de
l’intérieur, l’administration américaine nous explique qu’il
faut changer par le haut et de l’extérieur. Et dans ce cadre,
elle ferme les yeux sur les violations commises par leurs amis,
symboles de la corruption et de l’autoritarisme. Le discours
américain sur la démocratie et ses contradictions, est largement
utilisé contre les démocrates arabes par les défenseurs des
projets obscurantistes. C’est pourquoi, le mur de démarcation
entre l’administration américaine et les démocrates arabes est
une condition sine qua non pour relancer le projet
démocratique dans cette partie du monde.
Le
modèle américain s’installe en Iraq avec un mélange d’ignorance
et d’arrogance. Il donne bonne conscience et redonne un peu
confiance aux dictateurs arabes. Torture, destruction de
maisons, corruption, confessionnalisme, règne de l’arbitraire,
exécutions sommaires ; l’extraordinaire classification
distinguant les bonnes milices des diaboliques ; la création
d’une race au dessus de la loi (tous ceux dont Bremer fait
mention dans le décret 17), l’ensemble n’étant déterminé que par
un seul critère: servir les intérêts directs de l’administration
américaine.
En
novembre 2003, l’armée américaine déclarait avec fierté qu’elle
a reçu 10 402 plaintes de parents de morts et de blessés hors
combat, et qu’elle a dépensé 1,5 millions $ pour les pertes de
vie et de biens Iraqiens c’est-à-dire un huitième de ce que la
Libye a payé pour une seule victime de Lockerbie. Les américains
ont décidé d’augmenter les compensations après le scandale d’Abu
Ghreib. Désormais la vie d’un iraqien vaut aux USA 2500 $.
Pendant ma mission en Iraq en Juin 2003, j’ai posé des questions
au porte-parole de Bremer sur l’arrestation d’Abul-Abbas
(Mohammed Abbas) de la direction de l’OLP, rappelant qu’il était
amnistié par les accords de Taba et d’Oslo, aussi bien que par
une décision du ministère américain de la Justice de 1996.
D’ailleurs Abul-Abbas visitait régulièrement Gaza et Le Caire.
Comment, dans ces conditions, expliquer qu’il soit détenu par
les Américains ? Il n’y eut pas de réponse. Le 9/03/2004 le CPA
a annoncé sa mort dite naturelle à la prison, dans un centre de
détention. C’est un exemple parmi tant d’autres : des centaines
de prisonniers sont morts dans des conditions inhumaines ou non
élucidées dans les geôles administrées par les forces
d’occupation en Iraq. Les « élections » en Iraq nous montrent
les limites de projet américain. C’est leur ami Ben Ali qui a
bâti le chemin deux mois plutôt avec sa réélection extra
constitutionnelle.
Pour la première fois depuis 1967, le nombre des prisonniers
dans les prisons gérées par les forces d’occupation
israéliennes, américaines et britanniques a dépassé en 2004,
ceux détenus dans les prisons de 20 pays arabes.
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