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Formation aux droits de l’Homme : Droits de l’Homme
et développement- Ouagadougou 1997»
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OMCT,UIDH,CADEDH,
Colombia
University
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Avant d'entrer
dans le vif du sujet, commençons par quelques banalités de base:
1- Parmi les
centaines de milliers de livres et d'épîtres écrits par les oulémas
musulmans avant 1900, pas un seul consacré aux droits de l'Homme en
Islam. Rien d'étonnant, car la naissance et l'élaboration d'une religion
monothéiste furent assimilées à des liens étroits, voir inséparables,
entre Le droit divin et les droits humains. Tandis que derrière
l'émergence des idées des droits de l'Homme réside le principe de la
séparation entre Le droit divin et les droits humains sans que cette
séparation signifie forcement contradiction ou rapport conflictuel.
Séparation, car
le religieux nous inspire l'éternel, l'absolu et le sacré ; tandis que
l'humain évoque la faiblesse, l'absence de l'achevé et la relativité. Si
la plupart des religions établissent le pont nécessaire à travers le
concept de la dépendance humaine, les premiers défenseurs des droits de
l'Homme l'ont fait justement sur la base de la reconnaissance de
l'indépendance et la majorité de la personne.
2- Les droits de
l'Homme ne représente pas une religion et encore moins une idéologie. Il
s'agit d'une charte proposée par des hommes et des femmes de différents
pays, couleurs et religions à un moment donné de l'histoire de
l'humanité. Elle n'a pas heureusement la force du sacré. Pour cela, elle
est nécessairement l'objet d'une évolution et reste par définition un
projet inachevé. La question de la religion est tout à fait différente.
Son universalisme déclaré n'abolit pas les frontières établies entre
ceux qui sont dedans et ceux qui sont dehors ; et l'interprétation de
ses données ne peut être abordée de la même façon.
3- Des ultras
nationalistes juifs aux chauvinistes hindous, l'idéologisation de la
religion ne peut constituer un élément constructif dans la sphère des
droits universels de la personne. Contrairement à ce que Ihsan Hamis
Al-Mafregy avance, tous ceux qui ont confirmé que " l'Islam est une
idéologie bien plus qu'une religion" (1) ont établi de véritables
barrages devant l'évolution naturelle d'un concept des droits de la
personne digne de l'être humain et de son temps.
4- On ne le dit
jamais assez, depuis la mort du Prophète, on ne peut plus parler d'un
Islam au singulier, sauf pour donner notre approche subjective de ce que
nous considérons comme l'ISLAM. Il y a des orientations et des
interprétations tellement variées que nous sommes obligés d'être trop
sélectifs et souvent réductionnistes pour couvrir notre champ conceptuel
chaque fois que nous abordons le sujet.
A la recherche
d'une méthode :
Dans son étude "
L'Islam et les droits de l'Homme" (2), Al-Mafregy nous donne un exemple
de l'influence actuelle exercée par les islamistes sur les études qui
touchent la religion islamique. Son point de départ méthodologique est
une illustration de l'approche fondamentaliste : "L'Islam, dit-il, ne
traite pas l'homme isolé de ses semblables ou dépouillé de sa nature,
mais vise l'homme dans sa totalité, c'est-à-dire dans toutes ses
aspirations d'ordre économique, social, culturel et spirituel" (3).
Couvrir cette
approche, signifie s'enfermer dans un discours idéologique
réductionniste. L'auteur, comme on l’a signalé plus haut, considère
l'Islam comme idéologie bien plus qu'une religion. Son passage
obligatoire à Ibn Arabi et d'autres esprits d'ouverture ne cache point
une certaine contradiction entre le concept de l'homme esclave de Dieu
et l'homme parfait du soufisme. Les limites de la notion traditionaliste
de la liberté sont camouflées par des généralités telles que : " l'Etat
musulman doit permettre à chacun de jouir de sa liberté sans empiéter
sur celle des autres" (4) , " l'Islam a pu concilier les exigences de sa
loi et la liberté de l'individu" (5).
Cependant, notre
auteur est moins ambigu sur la question du droit à la vie. Il soutient
que " le talion est un droit de l'Homme parce que le meurtre a porté
atteinte à la vie". Quant au châtiment corporel, son point de vue est
celui de Abdul Kadir Audé et d'al-Mawdoudi. La question de la femme
n'est pas non plus mieux traitée. Ainsi, nous nous trouvons devant une
lecture occidentalisée de l'idéologie islamique plutôt que face à un
Islam d'ouverture vers les grands principes universels de notre temps.
Il a fallu
commencer par cet exemple pour montrer les limites de certaines
tentatives faites pour donner du crédit à une approche très idéologique
de l'Islam à travers une relecture des principaux droits de la personne
à la lumière des données fondamentalistes.
Dans son étude :
" la pensée islamique et les droits de l'Homme entre l'idéal et la
réalité", Nasr Hamed Abu Zeed répond indirectement aussi bien à
Al-Mafregy qu'à Mohammed al-Ghazali (6). Il rappelle que l'Islam couvre,
entre autres, la théologie rationaliste des Mu'tazilites, les
philosophes musulmans, les soufistes et la jurisprudence
traditionaliste. Il soutient qu'une approche objective nécessite une
libéralisation du savoir pour mettre fin à la domination des défenseurs
de la manipulation idéologique de l'Islam.
Contrairement à
l'approche fondamentaliste, le soudanais Abdullahi An-Na'im n'hésite pas
à enfoncer des tabous et aborder la question sous l'angle
révolutionnaire de son maître Mahmoud Mohamed Taha. "Tant que la base de
la Loi islamique moderne n'abandonne pas les textes du Coran et du
Hadith, on ne peut éviter les violations graves pour les grands critères
des droits universels de l'Homme. Le respect de la chari'a ne peut
permettre l'abolition de l'esclavage ou l'élimination de toutes formes
de discrimination à l'égard des femmes" (7). Selon An-Na'im, l'Islam de
Médine a joué son rôle historique. Il ne peut être une référence
juridique et socio-politique pour notre époque. C'est l'Islam universel,
celui de La Mecque, marqué par la tolérance et loin de l'état
d'exception, vécu par les Musulmans à Médine, qui traverse le temps
comme modèle de tolérance, de fraternité et de liberté de croyance.
Taha et An-Na'im
expriment une approche originale et nouvelle de l'Islam qui concilie la
charte internationale des droits de l'Homme avec le Coran.
Ces
deux exemples, nous montrent la différence entre ceux qui se cantonnent
dans le cadre de la tradition orthodoxe, et ceux qui tentent d'ouvrir le
chemin d'al-ijtihad.
L'avancée
d'un mouvement des droits de l'Homme en terre d'Islam et la montée de
l'islamisme constituent un sujet de choix pour certains universitaires.
C'est le cas de Mohammed Arkoun qui fut l'un des premiers en France à
évoquer le problème.
Dans un article
qui date de 1980, Mohammed Arkoun(8) précise les grandes lignes de sa
façon de voir la question:
- " Il serait
trop facile de dire, par exemple : mais oui, en Islam, tout est garanti.
On pourrait citer le Coran, les paroles du prophète, des autorités
musulmanes, qui se sont exprimés sur le sujet de façon ferme et
novatrice.
- Il faut se
garder de rejeter sur l'Islam la responsabilité des atteintes aux droits
de l'Homme qu'on peut observer dans tel régime, tel pays dit "musulman".
- La notion d'un
droit rattaché à la rationalité humaine est une définition idéaliste. Le
droit, comme le dit Marx, est le produit d'un rapport de force.
- Le droit est
l'expression d'un groupe qui a pris le pouvoir: et on le qualifie
ensuite de droit religieux, de droit sacré.
- Il faudrait
reposer le problème du droit de la personne tel qu'il a été défini dans
chacune des trois traditions monothéistes. Dans une étude critique, à la
fois historique et philosophique, il faudrait comprendre comment la
notion des droits religieux a pu fonctionner dans un cadre social et
culturel déterminé et comment cette notion ne peut plus fonctionner dans
le cadre de nos sociétés industrialisées, informatisées, rationalisées
sous l'empire de la raison que nous appelons scientifique et qui est
elle-même, bien sûr à critiquer. (9)
L'affaire
Rushdie a troublé notre universitaire qui insistait sur une perception
occidentale à propos d'un sujet universel de liberté d'expression :" la
perception des droits de l'homme dans une pensée occidentale, confit-il
au journal "Le monde", renforce le malentendu avec l'Islam, qui a pensé
ces droits de l'homme dans le cadre de droits de Dieu". Arkoun a oublié
l’avancée universelle en tout ce qui concerne le concept de la personne,
l’intégrité morale et physique et la place des libertés fondamentales
dans la démarche continue des défenseurs des droits de l’homme de tous
les pays pour opposer deux mondes et deux concepts!
Après cette
turbulence et à la recherche d'une approche de "conciliation historique",
il soutient en 1992 que la création d'un terrain d'entente, d’une pensée
dans le cadre islamique qui fait cohabiter les contributions positives
de la laïcité et les grandes valeurs de la religion, est une tâche
essentielle et possible à longue haleine (10). L'analyse, selon Arkoun,
doit se développer dans deux directions : "1- Quelle est la portée,
aujourd'hui, d'un discours "islamique" sur les droits de l'homme?(...)
2 - Dans quelle
direction philosophique peut-on et doit-on orienter la recherche des
fondements et des garanties d'application des droits de l'homme,
aujourd'hui?" (11)
La position
d'Arkoun est basée sur le renvoi, dos à dos, des religions
traditionnelles et de ce qu'il appelle une religion civile qui incarne
une vision occidentale des droits de l'homme. Si notre universitaire a
bien étudié l'Islam, sa connaissance de la structuration théorique et
fonctionnelle des instruments internationaux des droits de l'homme
parait très limitée. Il tente de couvrir cette lacune par le camouflage
du processus de l'universalité et de l'historicité des droits de l'homme
dans la culture occidentale. La force de la charte internationale des
droits de l'homme ne vient-elle pas de sa capacité d'absorber un
pluralisme philosophique et culturel nécessaire pour éloigner toute
tentative idéologique ?
Dans son article
:"l'Islam et les droits de l'Homme" (12), mon ami Mohamed Sayed Said
évoque la question d'une cohérence nécessaire entre une interprétation
rationaliste et humaniste des textes islamiques et un système
contemporain des droits de l'Homme en vu de gagner la bataille pour le
droit à la liberté d'interpréter et la reconstruction sociale de
l'expérience religieuse. Pour lui, les textes sacrés sont en parfaite
concordance avec la vision contemporaine des droits de l'Homme : l'unité
de Dieu et l'unité de la race des humains dans un message universel.
Sayed Said insiste sur les principes de la dignité, de l'égalité et de
la justice lequel occupe dans la culture arabo-islamique la place de la
liberté dans la civilisation occidentale ou de l'égalité dans les
courants socialistes. Il aborde la dimension institutionnelle et la
problématique de l'équilibre entre les droits et les devoirs (largo
sensu car cet équilibre incarne le spirituel et le séculaire.).
Il est difficile
pour chacun de nous d'être à la fois dedans et dehors. Les propositions
de M. Said sont très vagues et volontaristes, car la base du problème ne
réside point, à notre avis, dans les valeurs fondatrices mais dans
l'expérience historique surchargée à la fois de dogmatisme et de
dynamisme. La deuxième partie de son étude en est une excellente
illustration. Le rapport entre l'Homme et le texte est à l'origine
d’importants conflits intellectuels en Islam. Les grandes tentatives de
réforme dans l'histoire des musulmans se situent autour de la liberté
d'interprétation comme prétexte de la libéralisation religieuse capable
de marginaliser l'approche textuelle et littérale du Coran.
On peut dire,
sans prendre trop de risque, que si l'histoire des idées est liée à
l'histoire des hommes, celle de la jurisprudence islamique est
essentiellement rattachée à l'histoire des Califes. De ce fait, la
réalisation d'une lecture humaniste de l'Islam passe par une rupture
intellectuelle avec les idéologies des pouvoirs socio-politiques ;
autrement dit, une rupture avec l'obéissance aveugle à l'orthodoxie
sunito-ja'afarite. Dans ce cadre, l'élaboration des approches
réformistes nécessitent forcement une critique de l'histoire politique
en terre d'Islam pour dépasser l'ancienne école du Calife Juste à celle
des citoyens.
Quant à nous, le
problème entre les défenseurs des droits de l'homme et les islamistes ne
se situe point au niveau de la croyance et du sacré, mais au niveau du
séculaire et du juridique. Personne ne pose la question de la
sécularisation de l'Islam ; par contre, la question des institutions
dans les pays islamiques est primordiale. Ces institutions qui sont
fabriquées de toute pièce par des hommes, et que d'autres hommes sont
capables de les dépasser.
Une structure
étatique autoritaire s'appuie nécessairement sur une idéologie
autoritaire, sinon elle la produit. Les oulémas du despotisme, pour
emprunter l'expression du réformateur al-Kawakibi, ont fait de l'homme
obéissant, un exemple du bon musulman et des révoltés des zindiqs. Peut-on
dégager de cette orientation des principes universels des droits de la
personne?
Lecture critique
du discours fondamentaliste
En 1902,
l'intellectuel libanais Farah Anton a publié en Egypte, dans sa revue "
al-Djami'a", la traduction arabe de la "Déclaration des droits de
l'Homme et des citoyens" avec une préface intitulée : «Les droits de
l'Homme ne doivent pas être maltraités par les hommes et la nécessité de
les enseigner dans les écoles »(13). Sur cette déclaration, nous n'avons
trouvé aucun texte critique mais plutôt des citations empruntées par des
intellectuels de gauche et des réformateurs musulmans. Il faut rappeler
que les critiques des réformateurs étaient plus orientées contre le
matérialisme, le darwinisme et la critique de la religion.
Pourquoi donc
trouvons-nous nécessaire aujourd'hui de discuter la question de l'Islam
et les droits de l'Homme?
Le problème est
né depuis la recomposition contemporaine du fondamentalisme islamique au
20 ème siècle. L'islamiste pakistanais al-Mawdoudi fut le premier à
établir la logique comparative entre la juridiction anglo-saxonne et
l'ancienne jurisprudence sunnite. C'est à dire à codifier les données
islamiques dans une lecture réductionniste basée sur l'imitation des
anciens. Les partisans d'al-Mawdoudi, les wahhabites de l'Arabie, les
ja'farites de Khomeiny, les Frères musulmans de Hassan al-Banna étaient
les premiers à critiquer la déclaration universelle des droits de
l'Homme tout comme le Vatican en 1948. Les défenseurs de cette
déclaration ont riposté aux attaques des fondamentalistes par
l'établissement d'une barrière entre l'Islam et le fondamentalisme.
Depuis, plusieurs écrivains ont tenté de prouver, tant bien que mal, que
les idéaux des droits de l'Homme sont en total accord avec l'Islam.
D'autres ont choisi une lecture islamisée des droits de l'Homme pour
s'attaquer plus habilement aux principes universels de plus en plus
acceptés par la communauté internationale.
Une lecture
attentive du discours politique islamique dominant et des expressions
institutionnalisées de l'islamisme montre la problématique de ceux qui
défendent une approche totalitaire et répressive face aux principes
universels des droits de l'homme. Rien d'étonnant, car comment peut-on
admettre avec al-Mawdoudi l'abolition de la profession d'avocat
considérée comme anti-islamique(14) ? Comment peut-on accepter avec Sayd
Qotb qu’ "il y a un seul parti de Dieu qui ne peut devenir plusieurs,
les autres partis sont ceux du Diable et des idoles" (15) ? Comment
admettre la minorité à vie des femmes et des non-musulmans ? Comment
combattre la torture sans le respect de l’intégrité physique et morale
de la personne ?
La base
théorique de la dérive totalitaire du mouvement fondamentaliste a
commencé avec al-Mawdoudi, idéologue en chef de l'islamisme contemporain
et symbole du syndrome pakistanais. Il n'y a qu'une cause suprême qui
peut justifier la naissance d'un Etat sur la base d'une religion. Cet
Etat n'est pas comme les autres, et pour cela il «mérite» les sacrifices
d'une séparation chirurgicale dans le sous-continent indien. Voici
comment al-Mawdoudi imagine son Etat-nation:
"1- Que nous
pakistanais, croyons à la souveraineté suprême de Dieu et que l'Etat
administrera le pays comme étant son agent.
2- Que la loi
fondamentale du Pakistan est la Chari'a divine qui nous vient de
notre Prophète Muhammed.
3 - Que toutes
les lois existantes et qui sont en contradiction avec la Chari'a
seront abrogées.
4- Que l'Etat du
Pakistan, dans l'exercice de ses pouvoirs, n'aura aucune autorité à
transgresser les limites imposées par la Chari'a" (16)
" Pas de doute,
explique al-Mawdoudi, l'Etat islamique est un Etat hégémonique ou absolu
"totalitaire" qui embrasse toutes les branches et tous les aspects de la
vie; mais le fondement de cette hégémonie totale est la loi divine"
(17).
L'école
d'al-Mawdoudi est fondée sur trois principes anciens de l'orthodoxie en
Islam : al-hakymyyia, al- Chari'a, al-nass.
a- Al-hakymyyia
est selon al-Mawdoudi le pouvoir suprême et absolu, la délégation de
toutes les compétences et de tous les pouvoirs à Dieu. En un mot, la
souveraineté absolue de Dieu et la soumission absolue de l'homme(18). Ce
principe - utilisé la première fois dans l'histoire par les kharidjites
qui avançaient contre Ali leur fameuse phrase " Allah seul est habilité
à juger" ( la hukma illa lillah"- pose un véritable problème en
Islam : celui de l'interprétation humaine. Car, comme le dit si bien
Ali, le quatrième Calife, en parlant du Coran, "il s'agit d'une écriture
muette entre deux couvertures, prononcée par des hommes".
Le principe d'alhakimyya
n'a jamais fait l'unanimité et pourtant, ses traces marquent les deux
déclarations islamiques des droits de l'homme.
b- Al-Chari'a
est un concept vague et flou introduit dans le vocabulaire islamique à
partir du 2éme siècle de l'hégire. Il n'a jamais été utilisé par le
Prophète et les premiers Califes. Sa définition reste un sujet
d'interprétation très variée et parfois contradictoire. Il ne s'agit pas
d'un Talmud islamique ou d'une constitution. Du point du vue
linguistique, le mot "chari'a" désigne " la voie qui mène à la source",
au point d'eau ou, en d'autres termes, à la source de vie (19). Le sens
religieux du terme désigne, selon al-Ashmawi, la voie sublime que Dieu
ouvre devant les croyants pour les conduire à la sainteté et à la
puissance" (20). Selon plusieurs sources, il s'agit de ce que Dieu a
ordonné pour la religion comme la prière, le jeûne, le pèlerinage, al-zakat
et les bons oeuvres" (21). Hamid Enayat nous rappelle que dans
l'histoire islamique, " the chari'a was never implemented as an integral
system, and the bulk of its provisions remained as legal fictions"(22).
c- Al-nass,
le texte du Coran dans une lecture ou certains versets dans d'autres,
est encore aussi compliqué que les deux autres principes. Pas d'effort
intellectuel humain chaque fois qu'un texte existe, dit les
fondamentalistes. Ce qui emprisonne les sociétés musulmanes dans un
cadre archaïque voir inhumain. Abu Zeed résume la contradiction des
traditionalistes et des islamistes qui réclament : Pas d'ijtihad
en présence d'un texte : " Seul al-ijtihad peut donner vie à un
texte, le texte est même l'objet de l'ijtihad. Là où il n'y a pas de
texte, nous avons besoin d'inventer et de découvrir" (23).
Que ce soit avec
al- chari'a ou al-nass, l'histoire nous montre le poids
des conditions sociétales et de la question de l’historicité. Les
islamistes qui parlent d'une loi supra-historique justifient la présence
d'une législation concernant les esclaves dans le Coran en disant que
l'Islam est né dans une époque où l'esclavage existe. Il est plus
honorable pour les Musulmans de soutenir une charte avancée des droits
de l'homme puisqu’ils sont nés à l’époque de son élaboration plutôt que
des lois qui appartiennent à une époque où tuer le prisonnier de guerre
est une pratique admise et où vendre l'être humain n'est pas encore
interdit et forniquer avec les captives fait partie du système des
valeurs dominantes.
La vie reste
plus forte que l'idéologie, et les islamistes égyptiens ne cherchent pas
à abolir la profession d’avocat mais d’en tirer profit pour leur
mouvement. Les dirigeants du FIS en Algérie font appel à des avocats
laïcs pour les défendre. Les islamistes préfèrent envahir les facultés
de droit et prendre la direction des syndicats d’avocats que de suivre
les conseils d'al-Mawdoudi. Mais un pas essentiel n’est pas encore
franchi : il faut arrêter de présenter l’Islam comme la religion du
tortionnaire qui coupe la main et de la police religieuse qui oblige les
gens à faire la prière. Le musulman qui défend et propage cette image de
sa religion ne diffère guerre du chrétien qui revendique l’inquisition
médiévale.
Le refus de la
surenchère verbale et des principes fondementalistes, la réorientation
théorique vers la portée spirituelle et morale de l'Islam ainsi que
l'intérpretation symbolique et moderne de la juridiction islamique
suffirons largement pour écarter tout malentendu entre les préceptes
éthiques fondatrices de l'Islam et les principes universels des droits
de l'Homme.
Le musulman dit
ordinaire et les droits de l'Homme:
Un jour, un
musulman pratiquant que j'ai défendu pour l'obtention de l'asile
politique est entré dans mon bureau pour me remercier, puis il me dit :
«J'ai beaucoup réfléchi à la question des droits de l'homme, je suis
convaincu que l'Islam soutient ce que vous avez appelez la charte
internationale des droits de l'Homme. L'Islam s'adresse à Bani Adam,
autrement dit, à chaque être humain. L'Islam nous dit: wa la tazalamu
( ne faites point d'injustice), votre charte aussi. Ma religion ordonne
la justice : u'dolu hoa aqrab litaqoua, la charte aussi. L'Islam
insiste sur la dignité de l'être humain: wa laqad karramna bani Adam
et nous apprend la responsabilité individuelle, votre charte aussi.
Pourquoi donc parler de divergences entre Islam et droits de l'Homme ? »
Avant ces
propos, j'insistais plus sur la popularité du besoin que sur
le mariage de raison entre la population et les défenseurs des
droits de l'homme dans le monde musulman. Aussi, je prenais plus au
sérieux l'argument de certains intellectuels selon lequel l'islamisation
des droits de l'homme peut aider à son infiltration dans les sociétés
musulmanes. Les droits de l'homme n'ont pas fait peur à ma mère durant
quinze ans de détention de mon père par le soutien qu'ils apportent aux
familles des victimes. Ils ne font pas peur à ma voisine voilée dont les
défenseurs des droits de l'homme étaient les seuls à ouvrir le dossier
de son frère disparu. Les droits de l'homme dans leurs expressions
honnêtes et impartiales sont plus populaires qu'Ibn Baz ou al-Turabi.
Les critiques de la rue à propos des droits de l'homme ne demandent pas
l'adoption du châtiment corporel pour conformité avec la chari'a mais
d'arrêter le blocus contre la population iraqienne et de juger les
criminels de guerre en Bosnie, les palestiniens ne demandent pas plus
que le respect par les Etats-Unis et Israël de leur droit à ne plus être
un peuple en agonie. Les kurdes musulmans que j'ai rencontrés ne m'ont
jamais parlé du statut de dhemmi mais des agressions à l'égard des
minorités. Les habitants du sud-Liban nous parlent de la prédominance de
la force sur la justice et jamais des divergences entre charte
internationale et déclaration du Caire.
Notre problème
dans le monde musulman est là. Les droits sont les otages des rapports
de force, ils ne sont pas une force de décision réelle. C'est le type de
critique que nous entendons tous à propos des droits de l'homme. A part
des militants islamistes engagés et des intellectuels en mal de
positionnement, j'ai rarement entendu des critiques sur le contenu de la
charte internationale des droits de l'homme.
Ces
critiques de l'utilisation à des fins politiques des droits de l'homme,
de la politique des deux poids deus mesures, de la distinction entre les
enfants blancs et les enfants noirs constituent un apport important pour
notre mouvement. Car le croyant pose le problème de la justice
universelle face à une situation mondiale de déséquilibre inhumain. Et
comme les courants socialistes ont contribué à l'adoption du droit à
l'autodétermination dans les deux pactes, les Musulmans peuvent et
doivent jouer un grand rôle : Pour
l'établissement de mécanismes de garanties des droits essentiels de la
personne et des peuples et dans l'adoption, entre autres, d'une
déclaration sur le droit de solidarité.
1- Al-Mafregy,
L'Islam et les droits de l'Homme. In : Islam et droits de l'homme,
textes présentés par Emmannuel Hirsch, Librairie des Libertés,
1984,P.12..
2- Ibid, pp.
11-49.
3- Ibid, P.12
4- Ibid, P.24
5-Ibid, p.25
6- Muhammed Al-ghazali,
Droits de l’homme entre les enseignements de l’Islam et l’ONU.
7- Abdullahi An-Na'im,Vers
l'évolution de la Chari’a islamique, Le Caire, Sina, 1994, (en
arabe), P.226.
8- Mohammed
Arkoun, Pratiques et garanties des droits de l’homme dans le monde
islamique, Fraternité d’Abraham, n° 27, Juillet 1980. Réédité par
Hirsch, op.cit. pp. 123-130.
9 - Arkoun,
Hirsch, op.cit, P.130
10- M. Arkoun,
Ouvertures sur l’Islam, J.Grancher, 1992.
11- Ibid, P.
205-206.
12- Mohamed
Sayed Said, l'Islam et les droits de l'Homme, Riwaq Arabi, n.1,
Janv.1996, CIHRS.(en arabe).
13- Reédité par
Riwaq Arabi, n°4, oct. 1996, pp. 148-151.
14- Al- Mawdoudi,
La théorie de l’Islam et son message, al-Fikr, 1967, P.219.
15- S. Qotb,
Signes sur la route, s.d.p., P.136.
16- Al-Mawdoudi,
op.cit. P. 200-201.
17- Ibid, P.53.
18- Ibid, P.
215-256.
19- Al-Ashmawi,
Contre l’intégrisme islamique, maisonneuve et Larose, 1994, P.113.
20- Ibid, P.113.
21- Inb Manzour,
Lisan al-Arab, shar’a.
22- Cité par :
Bassam Tibi, Secularity and International Morality, Bridging the
cultural Gab, Copenhagen, Louisiana, May, 27-29 1994. P.13.
23- Nasr
Hamed Abu Zeed, Critique du discours religieux, 2e édition, Sina, 1994,
en arabe P.129.
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