QUELQUES REMARQUES SUR LE DEUXIEME
RAPPORT PERIODIQUE
devant être présenté en 1984
par la République Arabe Syrienne
INTRODUCTION
Après 15
ans de retard, les autorités syriennes n’ont pas trouvé utile de
nous expliquer pourquoi nous n’avions pas eu droit à ce rapport en
1984. L’année où le nombre des prisonniers politiques syrien(ne)s et
arabes dans les prisons syriennes s’élevait à 18 000 personnes, et
où l’estimation du nombre des disparus fut autour de 3100 personnes.
C’était l’occasion aussi de donner des explications sur les
massacres collectifs commis notamment à Hama en 1982 et sur la
réalité d’un charnier humain (dont Nizar Nayyof -en prison
aujourd’hui- a révélé l’existence) dans les alentours de la prison
de Palmyre, après les massacres orchestrés par Rifaat Assad, le
frère du Président Hafez Assad, qui ont touché plus de 700
prisonniers politiques,
Il est
injuste de mettre sur le compte du Président actuel des atrocités
commises à une époque où il n’avait aucun rôle politique dans le
pays. Mais la responsabilité de chaque citoyen syrien aujourd’hui
est de reconstruire l’avenir en désavouant ces méthodes inhumaines.
Le respect d’une page noire de notre histoire contemporaine est une
forme de complicité que les défenseurs des droits humains dénoncent
sans réserve.
Le rapport du gouvernement syrien fut préparé le 19
janvier 2000 ; autrement dit, avant la mort du Président Hafez
Assad. De ce fait, il reflète le passé plus que l’avenir et
exprime une langue de bois qui n’a plus sa place à notre époque.
Après les
promesses du discours d’investiture, la société syrienne avait
choisi la politique de WAIT AND SEE. Mais à part la libération de
près de 600 prisonniers syriens et arabes et une diminution
importante dans le nombre des arrestations durant les 8 derniers
mois, il est difficile de parler de changement notable.
Dans une
intervention à l’occasion du 31 ème anniversaire de l’état d’urgence
en Syrie (08/03/1994), j’ai parlé du «thermomètre d'austérité » qui
constitue notre boussole sur la situation des droits humains en
Syrie. Aujourd’hui, ces questions sont toujours d’actualité :
1 - A-t-on autorisé une organisation indépendante des Droits de l'Homme et
pour les libertés fondamentales à travailler librement sans
ingérence dans ses affaires ?
2 - A-t-on
respecté le principe d'un mandat d'arrêt et les délais d'une garde à
vue ou contrôlé les limites de l'extrajudiciaire ?
3 - A-t-on
respecté le droit à la différence et autorisé l'opposition politique
à exercer le minimum afin qu'elle puisse s'exprimer ?
4 - A-t-on
accepté l'indépendance de la justice, des avocats et des syndicats ?
5 - Le
gouvernement souverain a-t-il empêché les violations graves des
droits de l'homme ou, au contraire, participé à ces violations ?
6 - A-t-on
respecté les droits des minorités culturelles, nationales ou
religieuses ?
7- Existe
t-il une politique de promotion des droits de l'homme
intentionnellement reconnue ?
8 - A-t-on
autorisé les moyens démocratiques de défense des individus ou des
groupes d’exister ?
9 - La
charte internationale des Droits de l'Homme faisait-elle partie des
références gouvernementales dans le cadre des libertés fondamentales
et des droits de la personne ?
10 - A-t-on
garanti un minimum de droits socio-économiques pour une vie digne
d'un(e) citoyen (ne) ?
Pour tous
ces principes minimaux, possède-t-on une seule réponse positive en
Syrie d’aujourd’hui ?
LA CONSTITUTION
La Constitution syrienne est un exemple de partialité,
d’idéologisation et d’arbitraire. De plusieurs points de vue, elle
est en contradiction avec le pacte relatif aux droits civiques et
politiques. Elle adopte
ouvertement l’idéologie du Parti Baas dans son Préambule. Le mot
démocratie n’a même pas droit de cité (dans la traduction française
du rapport officiel- Paragraphe 14 -on peut lire : « La République
arabe syrienne est un Etat démocratique, populaire et socialiste ».
Mais la bonne
traduction du texte arabe du premier article de la Constitution est :
« La République arabe syrienne est une démocratie populaire et
socialiste ».
La
Constitution syrienne « nationalise » l’Etat et la société pour le
compte d’un parti politique (article 8). Elle limite les libertés
publiques au respect de principes que le pouvoir exécutif ne
respecte point : la construction et la protection du socialisme par
exemple. C’est ainsi que le droit de former des ONG est limité par
le respect de l’ancien programme du parti Baas que même ce parti ne
respecte plus (article 49).
La
prédominance de l’exécutif est importante dans les articles 111,
132, 139, 149.
L’article
28 sur l’indépendance des tribunaux ne garantit pas l’impartialité
et la compétence. C’est aussi le cas du chapitre 3 sur le pouvoir
judiciaire.
Malgré ses
points faibles, la Constitution n’a jamais été une référence dans
les procès politiques ; ce sont les lois d’exception qui soufflent
le froid et le chaud dans le pays depuis 1963.
UN ETAT DE NON-DROIT
De façon générale, il est possible de résumer la question de la
confiscation des libertés démocratiques et publiques de la manière
suivante :
1- La persistance de l'état d'urgence et la soumission du pays aux lois
martiales depuis le 8/03/1963 et jusqu'à ce jour. Cela malgré
l'absence de justification juridique et objective invoquée par le
gouvernement. Dans cette situation "illégale" et anormale, les lois,
les textes et les garanties constitutionnelles permettant aux
citoyens de défendre leurs droits sont devenus tout simplement
inefficaces. On a, de surcroît, promulgué de nouvelles lois et
chartes qui vont à l'encontre de ce qui était prévu par la
constitution nationale et la charte internationale des Droits de
l'Homme.
Un
exemple en est "la loi principale des fonctionnaires" parue début
1984 et notamment l'article 138 qui autorise toute personne de la
hiérarchie à licencier un subordonné quand bon lui semble et sans
justification aucune. Un autre
exemple est celui de la loi de la confédération des journalistes de
1989. Mais il en existe bien d'autres.
Selon
les lois martiales, le gouverneur de la loi martiale a le droit,
comme toutes les sections des services de sécurité (actuellement une
quinzaine), d'arrêter n'importe quel citoyen, qu'il soit chez lui,
dans la rue ou sur son lieu de travail. La procédure est effectuée
sans avoir besoin de présenter un quelconque "mandat d'arrêt" ou
d'obtenir une autorisation du procureur général. Il est de même
possible de détenir ce même citoyen indéfiniment. Le citoyen Saad
Jaoudat Said fut arrêté le jour du referundum parce qu’il a voté
Non. Il est resté deux mois en
prison sans procès ni jugement. Le citoyen Hussein Daoud, expulsé de
la RFA le 12/12/2000, fut arrêté par le service de sécurité puis
envoyé à Qamishli. Interrogé sous la
torture, il fut transféré à l’Hôpital 601 à Damas.
Il est toujours en détention sans
procès ni jugement.
Environ 1200 détenus syriens, palestiniens, jourdaniens et libanais,
croupissent depuis des années dans les geôles syriennes du fait de
ces lois "illégales". Selon les lois martiales, les citoyens syriens
n'ont pas le droit de former des associations, des organisations ou
des partis politiques, afin d'exprimer ou de défendre leurs
opinions.
Concernant
les libertés syndicales, les autorités officielles continuent de
commettre davantage de violations et d'interventions non
constitutionnelles à l'égard des syndicats. Les organisations
d'ouvriers et d'étudiants sont particulièrement infiltrées dans
leurs activités et leurs élections. Les postes de direction sont
souvent imposés.
Nous ne
citerons que certains exemples flagrants, ceux concernant les
élections de la confédération des syndicats des ouvriers, des
médecins, des ingénieurs et des journalistes. La chambre de commerce
est jusqu'à maintenant le seul organisme syndical ayant le droit à
des élections non contrôlées et relativement libres dans le cadre de
la politique du "pluralisme économique".
2- En 38
ans, la marginalisation systématique de la justice a bouleversé les
valeurs et créé un véritable sous-développement juridique marqué par
la domination de l'extrajudiciaire.
L'omniprésence des tribunaux d'exception, resurgissant depuis1992,
permet d’agir de jure et de facto en totale contravention avec les
prescriptions des instruments internationaux.
Le tribunal de la sûreté de l'état a
jugé plus de 500 prisonniers d'opinion en 4 ans, dont certains après
15 ans de détention sans procès ni jugement. Exposer ces procès en
détail ne peut que nuire davantage à l'image de la Syrie déjà malade
de ses institutions extrajudiciaires :
En somme,
humiliation de la justice, des avocats, des familles et de tous les
démocrates, des procès basés sur des interrogatoires avec des
réponses arrachées sous la torture, des avocats n'ayant évidemment
pas le droit de s'entretenir avec leurs clients avant le procès et
le président du tribunal refusant catégoriquement tout témoignage.
Les règles de procédures appliquées par le tribunal
sont bien sûr en contradiction avec les garanties du droit à un
procès équitable, qu'il s'agisse du principe du contradictoire et du
droit à être correctement défendu, du principe de publier les
débats, du droit d'interjeter en appel devant une juridiction
supérieure, du droit à l'investigation d'allégations de tortures ou
encore, du droit d'être jugé par un tribunal indépendant et
impartial.
Chaque fois qu'un prisonnier purge sa peine, il est
transféré à la section d'interrogatoire pour signer une attestation
qui implique une autocritique personnelle dans un esprit de
collaboration ultérieure, assortie d'une condamnation de son propre
parti et d'une promesse de ne plus jamais faire de la politique
avec, bien sûr, le soutien de la politique du Président. Nous
attirons l’attention sur le cas du médecin Abdel Aziz al-Khayyer,
responsable au Parti d’Action Communiste, arrêté en 1992 et condamné
à 22 ans de prison, et du défenseur des droits humains Nizar
Nayyouf, condamné à 10 ans de prison.
Last but not least, un mois avant la rédaction du
rapport officiel, plus de 100 prisonniers politiques ont été arrêtés
arbitrairement (voir la liste de leurs noms à la fin de notre
rapport).
3- Un autre
type de lois d’exception est celui cité dans le paragraphe
concernant la peine capitale dans la législation syrienne. Il s’agit
d’une loi qui stipule que « toute personne qui adhère à
l'Organisation des Frères musulmans est condamnée à la peine
capitale (art. 10 de la loi No 49 du 8 juillet 1980). Le changement
que le mouvement des frères musulmans a connu en 20 ans, sa
condamnation de toute forme de violence et l'adoption d'un programme
démocratique ne suffisent pas pour que ce « policide » législatif
soit annulé.
L’IMPUNITE
32. Tout
citoyen, quel que soit son statut professionnel ou social, a le
droit, garanti par la loi, de saisir la justice pour tout acte
d'injustice commis à son encontre. Ainsi l'article 319 du Code pénal
prévoit que : "tout acte susceptible de priver un citoyen syrien de
l'exercice de ses droits ou de ses obligations civiles est puni
d'une peine d'emprisonnement allant d'un mois à un an".
L'article 57 du Code syrien de procédure pénale est également
explicite à cet égard, puisqu'il affirme que : "toute personne qui
s'estime victime d'un crime ou d'un délit a le droit de porter
plainte auprès du ministère public, lequel a l'obligation
d'introduire une instance si le plaignant engage une action
personnelle. Quant à l'exercice de ce droit, le code ne fait aucune
distinction fondée sur la couleur, le sexe, la race, la religion, la
langue ou même la nationalité. Ce droit juridique s'applique à toute
infraction commise contre le plaignant.
85. La
Constitution syrienne dispose dans l'article 28, paragraphe 3, que :
"nul ne peut être torturé physiquement, moralement ou faire l'objet
d'un traitement dégradant. La loi détermine les sanctions à infliger
aux auteurs de tels actes".
86. En
vertu de la législation en vigueur, il est interdit de soumettre une
personne accusée ou condamnée ou toute autre personne qui fait
l'objet d'une enquête judiciaire, à quelque forme que ce soit de
pression mentale ou physique en vue de l'extorsion d'un aveu ou
d'une information.
L'article 391 du Code pénal est ainsi libellé :
"1.
Quiconque soumet une personne à des actes illégaux de violence en
vue d'obtenir
d'elle
une confession sur une infraction ou des informations s'y rapportant
est passible
d'une
peine d'emprisonnement allant de trois mois à trois ans.
2.
Si de tels actes de violence causent une maladie ou des blessures,
la peine minimum est d'un an d'emprisonnement."
87. Tout
acte de nature à empêcher un Syrien d'exercer ses droits civils ou
de s'acquitter de ses obligations est punissable d'une peine
d'emprisonnement allant d'un mois à un an si l'acte en question est
commis par voie de menaces, de violence ou d'autres moyens de
contrainte physique ou mentale (art. 319 du Code pénal).
88. Les tribunaux examinent toute allégation faite par un citoyen
concernant la torture mentale
(RAPPORT OFICIEL)
La Syrie n'a toujours pas ratifié la Convention sur la torture, et
pourtant, le 13 mars 1986, le responsable de la délégation de ce
pays à l'ONU disait dans une intervention orale à la 42ème session
de la Commission des droits de l'homme à Genève : "La torture est
généralement pratiquée en l'absence de lois ou dans le
non-application des lois en vigueur sous la domination d'un pouvoir
non-démocratique qui empêche les citoyens de participer à la vie
politique. La soumission de la justice au pouvoir politique empêche
toute traduction devant les tribunaux et la reconnaissance par les
forces de sécurité de la vérité (...). Bien que la torture vise
l'homme en tant qu'être humain, son but est de déshumaniser l'humain(...).
Quelles que soient les raisons ou les motifs invoqués, surtout en
état de guerre ou d'occupation ou pour des prisonniers de guerre, la
torture ne peut être justifiée comme moyen d'obtention des
informations ou d'humiliation(...).
Je dois
signaler que la Convention contre la torture adoptée par l'Assemblée
Générale de l'ONU a attiré toute l'attention des autorités
syriennes. Pour cela, le ministère de la Justice a préparé un
décret-loi qui déclare l'adoption par la Syrie de la Convention et
il sera rendu publique très prochainement. Nous espérons qu'à la
prochaine session de la Commission, l'année prochaine, la Syrie fera
partie des pays signataires de la Convention".
Nous voilà
aux travaux de la 57ème session et quinze ans après cette
intervention, la Syrie n'a toujours pas ratifié la Convention.
Dans ce qui
suit, une liste non exhaustive des prisonniers qui sont morts suite
à la torture ou aux mauvais traitements infligés durant plusieurs
années, depuis cette promesse officielle :
1987 : Ahmad al-Abbas, Ibrahim Ahmado,
Muhammed al-Arraj, Ahmad As'ad Ghanoum, Ihsan Izzo, Umar al-Jamil,
Ahmad Jaroud, Haytham Khoja, Rif'at al-Rachid, Taha Abdelrazzaq
Sarhan, Mudhar al-Jundi.
1988 : Abdel Razzaq Abazid, Muhammad
Rashid Abbas, Ridhwan Dughaim, Umar Wahid Haidar, Muhammed Issa
al-Mane', AbdelKader Murtada, Saleh Rukhaima, Wajih Shihadeh, Musa
Zaydan, Ahmad al-Zir.
1989 : Muhammed Hashem, Muhammed Hassan,
Khidr Jabr.
1990 : Zahi Abadi, Muhammed Dawud, Mounir
Francis, Ziad Musa Qatnani.
1991 : Jamal Hassino, Hussein Zaydan.
1992 : Mounir al-Ahmad, Ahmad Rif'at
Rajab.
La campagne internationale après la mort sous la torture de
l'ingénieur Mounir Francis et la tragédie du Docteur Nour Eddin
Attasi ont sans doute joué un rôle dans les précautions prises après
cette date. Ce qui n'a pas empêché la mort dans des conditions non
encore élucidées de M. Salah Jedid ni la fin "programmée" du M.
Karim al-Haj Hussein (25/12/95) 23 heures après sa libération ou du
journaliste Rida Haddad qui n'a pas été libéré malgré un cancer
avancé. Arrêté en 1970, Haddad est resté quinze ans
en détention. Le verdict du tribunal de la sûreté de l'Etat a été
prononcé après 14 ans de détention arbitraire sans jugement ni
procès. Il est sorti de la prison d'Adra pour entrer à l'Hôpital
français de Damas et mourir un an plus tard (le 17/06/1996),
laissant un témoignage émouvant sur la torture lente pratiquée par
les forces de sécurité.
Une autre victime de la torture reste toujours à la
prison de Sednaya. Elle a raconté son histoire devant le tribunal de
sûreté de l'Etat le 2 mars 1993 sans réussir à émouvoir les juges,
voici des extraits :
"Le 7
décembre 1986 à l'aube, une patrouille composée d'officiers (il cite
deux noms) et d'autres agents de Fara Falasine/235/ (centre de
détention à Damas) a fait une descente chez moi pour m'arrêter. Ne
me trouvant pas à la maison, ils ont frappé ma femme devant sa
petite fille, qui avait alors quatre ans, et l'ont emmenée à Fara
Falastine, où on l'a séparée de ses deux filles, dont la plus jeune
n'était âgée que d'un mois (...). Pendant son absence, la maison fut
visitée, des affaires confisquées et des vols commis par les
moukhabarat. C'est ce que ma femme a pu constater à son retour
quelques jours plus tard (...). Ils ont fait pression sur le
propriétaire pour qu'il refuse d'honorer son engagement à notre
égard et expulse ma famille.
Je demande à votre tribunal d'examiner le préjudice causé par
l'expulsion forcée de ma femme et de mes deux enfants.
Depuis mon
arrestation le 19 septembre 1987, on m'a horriblement torturé pour
m'arracher des renseignements, en me fouettant et me faisant subir
la "chaise allemande". On m'a brûlé certaines parties du corps à
l'acide, écrasé les doigts et soumis à des tortures psychologiques
en fouettant et en insultant ma femme devant moi et en faisant venir
ma mère, menaçant de la torturer. Ils m'ont roué de coups de poing,
de coups de pied et j'ai eu le nez cassé... On m'a écarté les jambes
de manière à provoquer une fracture du bassin. Et durant tout ce
temps, mon interrogatoire a continué. Ce n'est qu'au bout de six
jours que j'ai été conduit à l'hôpital pour faire soigner ma
fracture. Les soins furent retardés par les moukhabarats de trois
jours supplémentaires. Les médecins ont déclaré que j'avais besoin
d'un traitement qui pouvait nécessiter au moins deux mois
d'hospitalisation. Une fois commencés, les soins ont été interrompus
à de nombreuses reprises du fait des pressions exercées par les
officiers sur le médecin qui me soignait. Au bout de trois semaines,
celui-ci a fini par céder et a arrêté mon traitement avant qu'il ne
soit achevé. j'ai quitté l'hôpital le 22 octobre 1987, handicapé à
vie. La répression a continué pendant quatre ans dans la prison de
Palmyre sans que j'aie eu droit à une consultation médicale".
(Mohammed
Mradni est condamné à quinze ans de prison avec travaux forcés et
privation de ses droits civiques).
La torture
infligée à notre collègue Nizar Nayyouf lui laisse des séquelles à
vie. C’est parce qu’il a demandé réparation auprès des autorités, il
a subi des mois d’isolement.
La torture,
exercée en 30 ans contre plus de 18600 prisonniers avec une
quarantaine de méthodes pratiquées, reste impunie.
Etats critiques
Voici une
liste non exhaustive des prisonniers politiques en mauvais état de
santé :
Fares Murad
(en prison depuis 1975), Haytham Na’al (en prison depuis 1975), Imad
Shiha (en prison depuis 1975), Abdul Wadud Yousof (en prison depuis
1980) Ibrahi A’ssi (en prison depuis 1980), Mouhammed Moumar (en
prison depuis 1986), Mouhamed Nizar Mradni (en prison depuis 1987),
Nizar Nayyouf (en prison depuis 1992)
La liberté d'expression
275. La
liberté d'expression est protégée en Syrie, et la liberté de pensée
n'y est soumise à aucune autre censure que celle qui est dictée par
la conscience de chacun. Tout citoyen a le droit de participer à la
vie politique, économique, sociale et culturelle (art. 26 de la
Constitution). (LE RAPPORT OFFICIEL)
Le
ministère de l'information impose une forte censure sur toutes les
sources d'information susceptibles de dispenser des renseignements
aux citoyens ou de leur permettre d'avoir des opinions qui vont à
l'encontre de la ligne politique et idéologique du gouvernement.
Tout au long de la période de
Hafez Assad, seuls les journaux du Parti Baas furent autorisés.
Aujourd’hui, les autorités syriennes
ont accordé des autorisations dans ce sens aux seuls partis membres
du Front au pouvoir.
Cela étant, la censure ne se limite pas au ministère de l'information.
Souvent, les appareils de sécurité s'acquittent de ce rôle. Ils
arrêtent parfois des écrivains, des intellectuels et des penseurs
connus, afin de les interroger sur des interviews, conférences ou
débats qu'ils ont donnés. Le ministère de l'information pousse
souvent les rédacteurs de journaux officiels à diffamer certains
écrivains et intellectuels pour leurs prises de positions. C’est le
cas dans les attaques orchestrées contre les figures du Forum de la
renaissance de la société civile.
Ces visas
sont désormais valides pour un an et pour un certain nombre de
voyages.
Les catégories de nationaux ci-après sont exemptées
du visa de sortie ou de tout autre type d'autorisation :
1. Les personnes âgées de plus de 50 ans.
2. Les
personnes qui ont accompli leur service militaire ou payé un droit à
ce titre ou
qui en
étaient dispensées pour des raisons de santé ou qui ont fait leur
service militaire dans une armée étrangère.
3. Les femmes âgées de plus de 18 ans, à l'exception
de celles âgées entre 18 et 35 ans
qui se
rendent dans certains pays.
4.
Les personnes auxquelles des passeports ont été délivrés moins de
trois mois plus tôt. (RAPPORT OFICIEL)
Les tracasseries que subissent les intellectuels de la part du pouvoir
vont jusqu'à empêcher la publication de leur production culturelle (sur
21 de mes propres livres, un seul est autorisé : « l’univers du
sommeil ». Même l’encyclopédie des droits humains que j’ai rédigé en
2000 est interdite en Syrie). N'oublions pas que le gouvernement
exige de tout citoyen, syrien ou palestinien, l'obtention d'une
autorisation auprès des services de sécurité concernés pour un visa
de sortie du pays. Ce visa est devenu une arme aux mains du
gouvernement lui permettant de punir les persona non grata,
intellectuels ou hommes politiques. La dernière décision
présidentielle concernant le droit de chaque citoyen à un passeport
ne concerne pas les opposants politiques et une partie de leur
famille. Mme Najah Shara, épouse d’ancien prisonnier et mère d’un
défenseur des droits humains n’a pas eu le droit à un passeport pour
soigner sa vue. On peut citer une centaine de noms de membres des
familles des opposants.
Ces
pratiques extra judiciaires dépassent souvent le cadre des individus
pour englober des groupes entiers et des institutions culturelles.
Le rapport
officiel confirme que : 282. La législation syrienne n'impose aucune
restriction à l'exercice de ce droit, sauf lorsqu'il s'agit de
protéger la sûreté publique, la sécurité nationale, l'ordre public,
les droits d'autrui, la santé publique ou les bonnes moeurs. En
Syrie, les citoyens sont libres de se rassembler (paragraphe 282).
Or, dans la réalité nous constatons autre chose :
Ces
dernières années, les autorités resserrent leur contrôle sur les
intellectuels à tel point que tout ouvrage, manuscrit, article,
voire même l'allocution de vendredi (dans les mosquées) doivent
passer en premier devant les services de sécurité pour obtenir leur
aval, sinon, l'interdiction leur sera opposée. A peine, avions-nous
eu droit à un moment de répit après la mort du Général Assad avec
multiplication des MOUNTADAYAT spontanés dans le pays (des réunions
organisées dans des maisons privées) et l’appel de 99 intellectuels
suivi de l’appel des 1000 intellectuels pour la réforme démocratique
dans le pays, une contre attaque fut organisée par le Parti Baas et
les services de sécurité afin de reprendre le dessus et paralyser
toute initiative de libre expression.
Le
Commandement National du Parti Baas a publié la circulaire 1075 de 7
pages (rediffusée par le journal interne du Parti «al-Munadhel »)
qui classe tous les réformateurs dans le camp du passé et de
l’époque coloniale et instable de la Syrie. Il s’acharne sur le
député indépendant Riad Seef, fondateur du Mouvement de la Paix
Civile (non-autorisé), le Comité de Renaissance de la Société Civile
et les intellectuels de l’opposition, aussi bien à l’intérieur du
pays qu’en exil. Il considère «le Parti Baas, le guide de l’Etat et
de la Société, la seule force habilitée à prendre des initiatives et
découvrir les perspectives de l’avenir ».
Depuis le
19/02/2001, cinq conditions sont imposées pour l’organisation d’une
soirée dans une maison privée :
1)
Demande d’autorisation
présentée au gouverneur 2 semaines avant la date de la réunion.
2)
Obtention d’une
autorisation nominative pour la personne qui prend la parole.
3)
Présentation d’une
liste nominative des personnes qui devront participer au débat.
4)
Formulation
d’une idée sur le débat prévu.
5)
Précision du
lieu et de la durée du Mountada.
Voici le témoignage de Habib Saleh après avoir
présenté une demande de cet ordre en bonne et due forme : « J’ai
demandé au gouverneur de Tartous, Aram Saliba, il y a 2 semaines
une autorisation qui répond aux conditions exigées, la nuit de
mercredi 14/03/2001 deux agents de la Sécurité politique m’ont donné
une réponse négative. Juste après, un officier et 3 éléments de la
police sont venus chez moi me demandant de signer une promesse
écrite de ne plus jamais participer aux mountadayat.
N’est-ce
pas Bashshar Assad qui a déclaré, samedi le 17/3/2001, que
l’héritage de son père est un sujet intouchable ?
Les territoires syriens occupés
Le 5 Juin 2000 fut le 33
anniversaire de l’occupation du Golan par Israël. Cette occupation a
obligé plus de 82 mille syriens à choisir les camps des réfugies
près de Damas et de Dara. (aujourd’hui,
ils sont 400 milles réfugiés). Contrairement aux lois
internationales, Israël a détruit 139 villages après l’arrêt des
combats. Il a construit 33 colonies habitées par 13160 israéliens.
Près de 16000 syriens vivent sous l’occupation.
Israël
continue de violer toutes les résolutions concernant son occupation
des territoires arabes. La Commission arabe des droits humains
demande à toutes les OIG d’avoir une position claire et ferme sur
l’occupation par Israël des territoires arabes. Elle profite de
cette occasion pour exiger la libération des prisonniers syriens
dans les prisons israéliennes :
1 .
Wiam Mahmoud Amasheh
2 . Amal Ewadat
3 . Hayl Hussain Abu-Zaid
4 . Asem Mahmoud Al-Weli
5 . Beshr Soulayman Al-Maqet
6 . Soudqi Soulayman Al-Maqet
7 . Sitan Nemer Al-Wali
8 . Yasser Hussein Khanjar
9 . Radwan Jamil Armoun
10 . Sham Kamal Shams
11 . Wael Najib Zahra ( âgé de
16 ans)
12.
Mohammed Saleh Abu Saleh.
Droits
de la femme
Il
n'y a pas de différence significative entre les deux sexes en
matière de santé, tandis qu'un grand fossé les sépare à propos de
l'analphabétisme. Pour 84% d'hommes
capables de lire et d'écrire, il y a seulement 50 % de femmes. Au
niveau de l'école primaire, 11% séparent les deux sexes. A
l'université, le pourcentage des femmes est de 20,75 %. Celles-ci
occupent 18 % de l'ensemble de la main d’œuvre du pays avec près de
500 000 femmes dans les activités économiques.
La Syrie
n'a pas signé la convention internationale contre toute forme de
discrimination entre les deux sexes. Plusieurs lois ou
jurisprudences sont en contradiction avec les dispositions de la
convention, voici quelques exemples :
La loi No
134 du 31/12/1975 prive, dans son article 5, la femme de la pension
alimentaire (nafaqa) dès qu'elle travaille sans l'autorisation de
son mari. L'article 197, relatif à l'héritage, donne à l'homme 2
fois la part de la femme qui se situe dans le même degré de parenté.
Les
salaires des femmes sont dans plusieurs secteurs inférieurs à ceux
des hommes. La Syrie n'a pas signé non plus les conventions de l'OIT
n- 100 et 111.
LA QUESTION DES
BIDOUN (les sans nationalités)
Le 23 Août
1962, le gouvernement syrien promulgua un décret-loi (n.93)
autorisant un recensement spécial de la population dans la province
de Djazira.
Le 5
Octobre de la même année, quelques 60 000 kurdes seront décomptés et
considérés comme étrangers. Le plan de la "Ceinture arabe"( al-Hizam
al-Arabi ) prévoit d'expulser la population kurde établie tout au
long de la frontière avec la Turquie.
Après
la déclaration de l'ةtat
d'urgence, le 8 Mars 1963, les gouvernements successifs poursuivent
cette politique de discrimination.
L'arrivée
du Général Assad au pouvoir en 1970 ralentit le projet de la
Ceinture arabe sans pour autant l'abroger. Les sièges des kurdes à
l'assemblée du peuple seront décidés d'en haut pour freiner la
mouvance politique démocratique dans la région. La politique qui
prévaudra sera de soutenir ceux qui collaborent contre l'opposition
sociale et politique arabo-kurde, et les gouvernements successifs
n'hésiteront pas à jouer la carte de la naturalisation pour les
Bidoun (les Kurdes sans carte d'identité) afin de faire pression sur
le mouvement politique kurde.
Le 11
Novembre 1986, le gouverneur d'al-Hassaka publie le décret
n.1012/SAD/25 qui interdit l'utilisation de la langue kurde dans les
lieux de travail. Le 3 Décembre 1989, Mr Mohamed Mustafa Miro (l’actuel
Premier ministre), gouverneur d'al-Hassaka, promulgue l'ordre
n-1865/SAD/25 qui réitère cette interdiction et proscrit en outre
les chansons non arabes pendant les mariages et les fêtes. Ce qui
est en contradiction avec la constitution syrienne. (La Voix de la
Démocratie, journal des C.D.F, a publié cet ordre dans son numéro de
Novembre 1990).
En même
temps, on émet la décision n-122 du ministère de l'intérieur qui lie
tout registre d'un enfant kurde aux "compétences sécuritaires
appropriées" ; et depuis Octobre 1992, des dizaines d'enfants Kurdes
ne sont pas inscrits parce que leurs parents leur ont donné des
prénoms d'origine kurde.
Le gouvernement syrien a accepté, pour la première fois, de répondre
aux questions d'une ONG sur les Kurdes. Il a envoyé, le 12/07/1997,
une réponse détaillée à l'organisation américaine Human Rights Watch
dans laquelle il présente les sans nationalité kurdes comme
étrangers. Il donne des chiffres très proches de nos estimations
(142465 selon le gouvernement). La partie judiciaire de la réponse
ne mérite même pas d'être abordée car on n'y trouve même pas les
traces des engagements internationaux de la Syrie. Par contre, dans
le rapport actuel une phrase attire notre attention : « Toute
personne née dans le pays qui, à la naissance, n'avait pas le droit
d'acquérir une nationalité étrangère par voie de filiation. (Un
enfant né dans le pays d'un père qui a perdu sa nationalité
d'origine pour une raison quelconque est arabe syrien.) ».
Cette
phrase touche plus de 2/ 3 des kurdes sans nationalité. Est-ce une
reconnaissance juridique du droit des enfants bidoun à la
nationalité syrienne ? Nous voulons que votre comité prenne acte et
pose la question au gouvernement syrien.
La
deuxième catégorie des sans nationalité est composée des exilés
politiques à l’extérieur de la Syrie. Cette catégorie touche plus de
27 milles personnes (le chiffre ne prend pas en considération leurs
enfants et leurs petits enfants).
L’ACHR est en train de recenser le nombre exact des
sans nationalité en exil.
Nous demandons à votre comité d'intervenir pour
résoudre le problème des Kurdes et des exilés privés de la
nationalité syrienne, car chaque Syrien a le droit à la nationalité.
REVENDICATIONS
- Arrêt immédiat des arrestations arbitraires et libération de tous les
prisonniers politiques syriens, libanais et palestiniens, ainsi que
l’autorisation de retour à tous les exilés avec des garanties
judiciaires dans le cadre d'une amnistie générale.
- Abolition
de l'état d'urgence et des lois martiales et reforme de la
Constitution.
- Promulgation d'une loi moderne qui autorise et organise l'activité des
partis, des associations et de la presse, en garantissant un
pluralisme réel.
- Ratification par la Syrie de la Convention des NU0
contre la torture et de la CIDAW.
- Reconnaissance officielle de la légalité de toutes
les ONG pour la défense de la société civile, des droits humains et
des libertés fondamentales, tout en accordant le droit d’observer la
condition des droits de l'homme et les violations des libertés
publiques et démocratiques.