|
La convention des droits de
l'enfant, qui est entrée en vigueur en Septembre 1990, est le texte
international le plus important pour la protection des droits
fondamentaux des mineurs.
Vingt années se sont écoulées
depuis et la question reste posée: où en est l'humanité aujourd’hui
du capital le plus important pour son avenir? Où sommes-nous du
respect de la reproduction humaine et de l'humanisation de notre
planète? Qu'en est-il du concept de dignité humaine dans ce groupe
vulnérable lésé aux niveaux culturel, juridique et d'une
jurisprudence préhistorique? Peut-on parler d'un quelconque progrès
dans le monde arabe sans mettre fin à la dégradation et à
l'aggravation des violations flagrantes des droits de l'enfance?
Cette sombre constatation ne
concerne pas seulement notre région mais le monde entier, puisque
nous observons des violations dans 165 États, sachant que toutes les
nations ont ratifié cette Convention à l'exception des États-Unis et
de la Somalie.
Chaque année, 150 millions de
fillettes et 73 millions garçons subissent des abus sexuels, 23
millions d'enfants sont des déplacés ou des réfugiés et de 250 à 300
mille des enfants soldats.
Lors de la précédente décennie 2
million d'enfants furent tués dans des conflits armés, alors que
près de 6 millions d'autres ont été gravement blessés ou handicapés
à vie.
Quinze millions d'enfants ont
perdu l'un de leurs deux parents à cause du SIDA, 14 millions de
filles (de moins de 18 ans, selon la définition de la convention des
droits de l'enfant) sont mères d'un enfant ou plus, et 70 millions
de fillettes ont subi des mutilations et des excisions.
Si chaque année 50 millions
enfants décèdent pour des causes diverses, une dizaine de millions
d’entre eux meurent pour des raisons qui auraient pu être évitées,
selon l'UNICEF. 126 millions d'enfants exercent des métiers
dangereux en plus d'être battus et violentés par leurs employeurs.
Quant à la traite des enfants,
elle concerne un million deux cent mille enfants par an et génère
près de 9 milliards et demi de dollars.
En même temps, il y a une
recrudescence marquée du trafic d’organes d'enfants pauvres, ainsi
qu'une augmentation du tourisme sexuel infantile dans de nombreux
pays du monde. La prostitution d'enfants pour des raisons
économiques touche une centaine d'enfants chaque mois.
De leur côté, les prisons
renferment un million d'enfants environ, leurs conditions physiques,
de détention et de jugement ont empiré avec l'émission de plus de 30
lois anti-terroristes dans les 9 dernières années.
Il y a près de 250 millions
d'enfants dans le monde qui vivent dans les rues. Il s'agit selon
les Nations Unies de tout enfant de sexe féminin ou masculin de
moins de 18 ans, sans-abri, vivant et se nourrissant dans la rue
sans être sous la responsabilité d'un adulte.
Malgré les grands efforts déployés
par l'UNICEF et les organisations non gouvernementales pour la
défense et la protection de l'enfant et la défense de ses droits
fondamentaux, cette sombre réalité continue d'entacher l'humanité
avec un système fondé sur l'exploitation du faible par le plus fort
et de l'enfant par l'adulte. Ceci par le biais d’états où les
gouvernements ne connaissent pas la valeur de l'enfance et ne
comprennent pas qu'il est de leur responsabilité de défendre ses
droits et qu'il s'agit d'une chance à saisir, d’affairistes qui ne
font pas la distinction entre le gain productif et le gain criminel,
un quatrième pouvoir qui contribue à la disparition de la conscience
et de l'opinion publiques capables de soulèvements contre cette
désastreuse situation, et d'intellectuels inaptes à comprendre le
présent et à anticiper l’avenir.
Il existe un lien entre les
problèmes essentiels de développement et la situation de l'enfance
dans le monde arabe, et par conséquent on peut concentrer les
principales violations des droits de l'enfance dans cette région
comme suit:
1- Travail cruel pour les enfants
2- Violences physiques et
sexuelles
3- Traite des enfants et trafic de
leurs organes
4- Enrôlement forcé d'enfants dans
les conflits armés
5- Mariage des petites filles.
Selon les statistiques de
l'Organisation Internationale de Travail, il y a 13 millions
d'enfants qui travaillent dans les États arabes, obligés de
s’acquitter de responsabilités trop pénibles pour leur
constitution ; ce qui met en danger leur intégrité physique et
psychique et compromet leur santé.
Le Grand Maghreb occupe les
devants avec 6,2 millions d'enfants, dont 3,1 millions âgés entre 6
et 13 ans, qui sont employés dans tous les secteurs. Ces enfants
travaillent dans la culture du tabac dans le Sud-Liban ; la récolte
du jasmin en Égypte ; l'agriculture dans la campagne Yéménite et
maghrébine ; la pêche au Yémen, en Égypte et en Tunisie ; le service
domestique en Égypte, en Syrie et au Maroc. Ils sont aussi employés
dans les industries dangereuses, comme le tannage en Égypte, ou
l'industrie du tapis au Maroc et en Tunisie ; tout comme dans les
ateliers de réparation des voitures, la vente de divers accessoires,
le lavage des voitures ou encore le cirage de chaussures dans la
plupart des pays arabes.
Les statistiques indiquent qu’au
Yémen 400 000 enfants occupent des emplois qui ne correspondent pas
à leur âge, en plus de 2 millions d'enfants non scolarisés, soit 22
% d'enfants du niveau fondamental qui ne fréquentent pas l'école
chaque année (d’ailleurs le nombre d'enfants n'ayant pas accès à
l'instruction dans les pays arabes est estimé à 12 millions). Une
situation qui ne fait que grossir le nombre des enfants
travailleurs, sachant que la constitution de la société yéménite est
jeune où près de 79% de ses 19 millions habitants sont des enfants
et des jeunes de moins de 24 ans.
Au Maroc, les statistiques des ONG
indiquent que près de 600 000 enfants âgés entre 5 et 14 ans ont
quitté prématurément l'enfance pour rejoindre le monde du travail
afin d'aider leurs familles.
Quant à l’Égypte, l'enquête de
l'agence centrale pour la mobilisation publique et les statistiques
effectuée en 2001 (en collaboration avec le conseil national pour
l'enfance et la maternité) sur un échantillon de 20 mille familles,
indique que le nombre total d'enfants travailleurs est estimé à deux
millions sept cent soixante huit mille enfants, dont la plupart
vivent dans les zones rurales (83 %), avec 73% de garçons et 27% de
filles. Si 39% de l'ensemble des habitants d'Égypte à l’époque de
l’enquête étaient des enfants, ce chiffre a dû augmenter en 2009
selon les estimations de l'UNESCO.
Parler de la violence nous amène à
évoquer cette culture populaire ancrée qui considère la violence
verbale et corporelle comme une approche pédagogique utile et
constructive. Les enquêtes des organismes pour la protection de
l'enfance rapportent des violations qu'on ne peut justifier par une
quelconque philosophie ou religion, comme les fractures, les pertes
de conscience, les mutilations physiques, le handicap permanent et
les troubles mentaux pathologiques. Elles montrent que 29 à 37%
d'enfants dans le monde arabe sont exposés aux molestations et aux
coups, et près d'un quart d’entre eux portent des séquelles
physiques et psychiques.
Quant aux violences sexuelles,
elles sont dissimulées par crainte du scandale. Et il n'existe
aucune coordination entre les ministères de l'intérieur, des
affaires sociales et de la santé, et les forces de sécurité (police,
gendarmerie), la société civile, les institutions judiciaires et les
organismes de protection de l'enfance et de lutte contre la
violence. Avec ce silence pesant, il faut dire que près d'un tiers
des statistiques disponibles sur les pays arabes est le résultat
d’une compilation et d’une analyse des informations publiées dans la
presse.
En Algérie par exemple, 800 cas
d'agressions sexuelles sont déclarés par an bien que la réalité soit
trois fois supérieure. Les services de gendarmerie algériens ont
traité, entre le 1er janvier et le 28 mars 2008, 249 cas
d'agressions sexuelles contre des mineurs.
Alors qu'au Maroc, les
informations ont augmenté depuis le lancement de l'association «Ne
touche pas mon enfant» et la création de la «coalition contre les
agressions sexuelles à l'égard des enfants». Les ONG marocains ont
joué un rôle important dans la dénonciation des décisions
judiciaires en faveur de citoyens européens coupables d'agressions
sexuelles contre des enfants, des coupables qui n'ont pas été
sanctionnés du fait des interventions des ambassades de leurs pays
et des responsables locaux craignant pour le tourisme sexuel.
La tragédie réside dans ce silence
de la masse dû au poids des traditions qui empêchent de distinguer
entre la victime et l'agresseur dans les «affaires d'honneur». Alors
qu’il résulte de tels actes impitoyables des traumatismes avec
déchirures des parties génitales dans 1/5 des cas d'abus, sans
oublier les troubles affectifs à long terme chez ces enfants, les
préjugés et la honte infligés à la victime, sa famille et ses
proches conduisent parfois à une logique destructrice pour laver
l'affront commis contre la fille victime d'abus ou contester la
virilité chez le garçon victime d'agression sexuelle.
Une des tragédies de notre époque
est l'expansion à l’échelle mondiale de la traite des enfants et du
trafic de leurs organes. L’expansion est plus rapide dans les
régions où existent une insécurité alimentaire aiguë associée à la
pauvreté et à l'ignorance et une désintégration sociale accompagnée
de la cruauté de l'exploitation brutale des groupes marginalisés et
vulnérables de la part des plus forts. Si de nombreux rapports
internationaux font état du trafic d'enfants et du transit pour la
traite des enfants au sein des pays arabes, les estimations varient
en fonction de la source, étant donné que la transparence est
inexistante sur ce sujet.
Ces rapports n'ont pas manqué de
pointer du doigt l'Égypte en tant que l'un des 5 premiers États au
monde pour le commerce, le tourisme et la transplantation d'organes,
touchant aussi bien des Egyptiens que des non-Egyptiens.
En Irak, il est connu que des
équipes secrètes de médecins américains ont suivi les troupes lors
des combats contre les combattants irakiens afin d'intervenir
rapidement auprès des victimes tuées pour prélever leurs organes,
les conserver et les transférer vers des salles opératoires
spéciales avant de les transporter vers les États-Unis. Et à chaque
fois que des rapports ont fait état de la découverte de dizaines de
cadavres mutilés d'irakiens auxquels il manquait des membres et des
organes, et certains sans têtes, les cadavres ont été incinérés pour
dissimuler les preuves de telles pratiques.
D'ailleurs si l'armée américaine
trafique les organes outre-Atlantique, le pauvre citoyen irakien se
présente de lui-même aux portes des hôpitaux irakiens pour proposer
son rein afin d’acheter du pain. Ce qui fait qu’il y a 7000
personnes atteintes d'insuffisance rénale qu'il est difficile de
soigner puisque la capacité des appareils de dialyse s'est réduite
depuis l'occupation.
Le prix d'un rein ne dépasse pas
4000 dollars, l’équivalent du salaire mensuel d'un mercenaire de
«Black Water». Cependant, les bandes organisées préfèrent les
victimes des violences, en particulier les blessés, pour récupérer
leurs organes et les transférer hors d’Irak.
La carte des régions du trafic
d'organes correspond à celle des pays les plus pauvres et victimes
de crises. Le problème s'aggrave dans les pays arabes, pas seulement
en Égypte ou en Irak, à cause de l'inexistence de lois régissant le
transport des organes et l'absence d'une éthique professionnelle
solide. Ce qui se limite à quelques instructions provenant
d'associations médicales, du ministère de la santé, de
l'administration hospitalière ou de prêches et fatwas de religieux.
La situation s’aggrave d'autant
plus qu'aucune limite légale n'est définie entre la vente d'organes
et le don individuel par élan humanitaire ou en faveur d'un parent.
Ce sont les mêmes modes de fonctionnement que dans le cas de la
prostitution et toutes formes de commerce sexuel, avec la différence
que ces prélèvements d'organes sont plus dangereux et leur perte est
définitive.
L'enrôlement forcé des enfants
soldats est un autre problème culturel important. Dans les pays
arabes et musulmans, cet enrôlement a le plus souvent lieu sous un
prétexte religieux ou l'invocation du devoir de djihad pour couvrir
ce crime.
Nous savons que les factions
armées au Darfour enrôlent des enfants depuis de nombreuses années,
et nous pouvons voir sur de nombreuses photos des intellectuels
européens à bord de véhicules militaires avec des enfants armés. Les
tribus arabes du Soudan proches du gouvernement ont fait de même.
Aussi, plus de la moitié des tués,
dans la lutte sanglante opposant le mouvement des «Shabab
Moujjahidin» au gouvernement somalien à Mogadiscio, sont des
enfants. Il est bien connu que les États-Unis contribuent au
financement et à l'armement de ce gouvernement, en sachant que
l'enrôlement forcé des enfants constitue l'élément le plus important
dans la continuation de la guerre civile en Somalie.
On ne peut parler des enfants
victimes des conflits armés sans rappeler les victimes de l'embargo,
puis de la guerre d'occupation en Irak et des réfugiés, tout comme
les victimes du siège qui étrangle les territoires palestiniens, en
particulier la bande de Gaza.
D'autre part, on continue de
marier les fillettes sous le couvert fallacieux de la religion et
des coutumes. Il existe encore un grand nombre de religieux qui se
servent de la position spéciale du prophète à propos de son mariage
avec Aïcha pour donner des réponses à des situations personnelles de
certains musulmans afin de marier des fillettes n'ayant pas huit
ans. Il est à noter que cette histoire de la vie du prophète n'a
jamais été validée par un verset coranique et résulte des
compilations de récits rapportés, l'âge d'Aïcha ne peut être fixé
avec certitude.
Dans de nombreux pays musulmans
comme l'Arabie Saoudite, il n'existe à ce jour aucune loi pour
déterminer l'âge du mariage. Ce qui permet à des adultes âgés
d'exploiter sexuellement des mineures qui n'ont pas atteint leur
maturité psychologique et physique et l’essentiel de leur
développement sexuel. Dans d’autres pays comme l’Égypte, on triche
sur l'âge du mariage par le biais du mariage coutumier.
La ministre d'état pour la famille
et le logement, se basant sur des résultats d'une étude effectuée
dans 3 centres du district du 6 Octobre, a révélé que le taux de
mariage des mineures a atteint 74%. En même temps, les télévisions
satellitaires pullulent de fatwa voulant ignorer que le mariage
n’est pas un des besoins essentiels d’une fillette de 8 ans et que
la capacité financière et physique d'un homme n’annule pas la
nécessité d’avoir les mêmes capacités chez la femme.
On ne peut combattre ces problèmes
dangereux sans rappeler la responsabilité de la famille, des
autorités, des enseignants, des journalistes, des intellectuels et
des religieux. Et on ne peut s'opposer à certains crimes commis
contre les enfants sans une profonde réforme morale et culturelle.
Pour arrêter de tels crimes il y a beaucoup à faire. Il est
nécessaire de les combattre publiquement et de leur opposer des
sanctions judiciaires strictes, ainsi qu'un système complet d'aide
et de réhabilitation.
Comme dit Nader Fergany, la
«société qui ne protège pas les droits de ses enfants dévoile
l'inhumanité de ses autorités et l'irresponsabilité de son tissu
social, et perd l’occasion de se relever à l'avenir. En d'autres
termes, toute nation qui ne prend pas au sérieux la protection des
droits de l'enfant trahit le mandat populaire de veiller sur
l'intérêt public par la protection des droits des individus et la
construction d’un meilleur avenir à ses citoyens»
http://www.aljazeera.net/NR/exeres/CAD8ACC0-33AD-407F-BC77-6F405CAED308.htm?GoogleStatID=1
· Publié en arabe dans
Aljazeera.net, le journal annahar et une vingtaine de Website et
traduit par Yasmina Rezak.
16-09-2010
|